7 septembre 1846

« 7 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 113-114], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1469, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon aimé, bonjour, mon doux adoré, comment vas-tu, comment ton Charlot a-t-il passé la nuit1 ? As-tu un peu reposé mon pauvre cher adoré ? Je ne saurai tout cela que dans bien longtemps, tant que le mieux ne sera pas plus décisif. J’enverrai Joséphine savoir des nouvelles. Cela ne peut pas attirer l’attention car il doit y avoir affluence de monde chez toi tous les jours pour savoir des nouvelles de ce cher enfant. Quant à moi, si j’étais libre de mes actions, j’irais tant que la journée et la nuit dureraient et bien longtemps encore après sa guérison, c’est-à-dire que si [je] pouvais je ne vous quitterais pas de la vie ni des jours. Hélas ! c’est un rêve qui ne s’accomplira jamais sur la terre ; mais j’espère que les préjugés de ce monde ne nous suivront pas dans l’autre et que je pourrai faire partie de ta famille, toi qui es toute ma famille, tout mon cœur et tout mon amour. Pauvre bien-aimé, tu dois être épuisé de fatigue. Voilà presque quinze nuits que tu passes outre l’inquiétude qui est encore autrement accablante que le manque de repos et de sommeil ; je tremble que ta nature délicate n’y succombe. D’un autre côté je sens que tu ne peux pas faire autrement que de garder et de soigner ton enfant. Aussi est-ce au bon Dieu que je m’adresse pour qu’il ait pitié de ton enfant, de ta famille et de toi, mon pauvre bien-aimé adoré dont je baise les pieds en signe de respect et d’adoration.

Juliette


Notes

1 Charles Hugo a la fièvre typhoïde.


« 7 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 115-116], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1469, page consultée le 26 janvier 2026.

Je ne sais que penser, mon Victor, ou plutôt je crains de penser, tant ce que m’a dit Joséphine m’inquiète et m’afflige. Que s’est-il donc passé cette nuit, mon pauvre adoré, qu’on a été obligé de lui remettre cette odieuse camisole ? Les domestiques qui ne savent pas l’importance qu’on attache à tous ces détails ne les donnent pas ou les donnent si superficiellement qu’on ne sait presque rien de tout ce qu’on a tant d’intérêt à savoir. Encore si j’étais sûre de te voir bientôt ? Mais je n’ose pas l’espérer.
Je viens d’avoir la visite des deux petites Rivière qui venaient savoir des nouvelles de ton pauvre Charlot. Elles s’en sont retournées presque aussi tristes que moi. Et cependant, mon Dieu, peut-être m’exagérai-jea la mauvaise nouvelle de tantôt. Ô si cela était, comme je bénirais le bon Dieu, comme je te sourirais, comme je serais heureuse, comme je ne croirais plus aux mauvais pressentiments. En attendant, je suis là, toute seule, face à face avec ma pensée qui n’est rien moins que rassurée. Je t’attends avec ce que j’ai de plus doux et de plus tendre dans le cœur. Je voudrais et je crains d’être à ce soir, surtout si tub ne viens pas et si tu ne m’apportes pas de bonnes nouvelles. Enfin j’ai la tête à l’envers, je ne sais où me mettre et que devenir d’ici au moment où je te verrai.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « m’exasgérai-je ».

b « tu tu ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.